Cette nuit, j’ai mal dormi, quelque chose me trotte dans la tête. Un sentiment de culpabilité bizarre et malsain, un mauvais pressentiment (auquel je ne crois pas vraiment puisque j’ai toujours de mauvais pressentiments et qu’il ne se passe (heureusement) pas toujours quelque chose…) que je ne sais pas vraiment comment gérer…

Récapitulons les évènements qui ont concourut à me mener à cet état :

J’entre à la maternelle… non bon on avance la cassette un peu plus vite, je suis en DEA, avec beaucoup d’étudiants que je n’ai jamais vu de ma vie, comme j’ai appris à jouer la sociable, je vais leur parler. Dans le lot, un mec qui vient assister aux cours en auditeur libre. Comme sa présence n’avait apparemment rien d’officiel, il ne vient aux cours que lorsqu’on le prévient. Toute l’année (le peu de fois où on a eu cours ensemble : en DEA 1) il y a peu de cours 2) chacun choisit ses cours 3) on y vient pas toujours :o), on se disait bonjour, dans le meilleur des cas.

Avant dernier cours, je suis avec une copine super sociable, on commence à partir, je ne sais plus exactement comment ça s’est passé mais comme le dernier cours n’était pas affiché et comme je ne sais pas ce qu’il se passait avec l’email de la copine sociable, je me retrouve à échanger mon email avec « l’auditeur libre » pour le prévenir de la date du dernier cours…

Suite à cette fatale ( ?) première réelle interaction, je le préviens par mail dès que j’ai les dates du cours en question, il me remercie, et l’histoire aurait dû s’arrêter là. A ce dernier cours, comme d’habitude, on ne s’est pas parlé, comme ce devait être la dernière fois que je voyais la plupart de mes congénères, j’ai cru bon d’aller leur dire au revoir (lui et moi n’avions pas passé la journée avec les mêmes gens mais il m’était arrivé de parler avec ceux qui étaient avec lui). Comme en même temps j’étais pressée de partir (train oblige), il m’a glissé « c’est dommage qu’on ait pas pu discuter » et me connaissant, j’ai dû répondre un truc optimiste du genre « oui mais il y aura d’autres occasions », ce à quoi il a dû me répondre (j’ai refoulé cette scène :o) « je t’enverrai un mail ».

Il m’a envoyé un mail, on s’est échangé quelques mails cordiaux mais insignifiants, du style « salut, ça va, quoi de neuf depuis la dernière fois, moi ça va» et puis aussi quelques mails collectifs avec des bonnes blagues qui servent à ralentir les serveurs. Ça aurait dû s’arrêter là (au moins). Seulement non, il y a quelques mois, ce devait être au mois de mars, je reçois un mail inhabituel, je ne me rappelle plus exactement de quelle manière il était formulé mais en gros, il était question pour lui, d’aller voir un psy, de me demander des conseils (éventuellement des références bibliographiques) et de préférer « m’expliquer tout ça par téléphone si possible ». En soit, je trouvais la manière dont tout cela était tournée (et dont tout cela tournait) un peu bizarre compte tenu de la pauvreté de nos échanges jusque là mais je n’y voyais pas d’objection majeure (le jour où je serais pas d’accord pour discuter… :o). je lui renvoyais un mail incluant mon numéro de téléphone. L’enthousiasme de sa réponse vantant des qualités humaines que je n’avais pas démontré me surpris un peu « j’étais sûr que tu comprendrais etc. ». il ajoutait qu’il aimerait savoir quand m’appeler. Comme j’avais un rapport urgent à rendre et que ce rapport suivait un autre rapport qui m’avait causé quelques insomnies obligatoires (délais à respecter) : oui, on dirait pas, mais il m’arrive de travailler, parfois :o) j’attendais quelques jours (que le dossier soit bouclé) avant de lui donner mon accord « appelle quand tu veux » (je sentais que ça allait être long).

Cet appel fut effectivement long et surprenant par la tournure que prit la conversation. Il ne voulait ni références bibliographiques, ni conseils sur « comment bien choisir son psy », il l’avait déjà choisi :o) malheureusement pour lui, il n’était pas tombé sur la plus compétente. En gros, il me rappelait combien le monde (et les gens) étaient pourris, il me parlait individualisme croissant, superficialité et réactions binaires de son entourage, il me parlait d’isolement. Pour résumer, il avait du mal à trouver un sens à sa vie (comme nous tous), il trouvait même que la vie n’avait pas de sens (comme nous tous) et ne voyait pas spécialement l’intérêt de continuer (comme nous tous, parfois). Seulement lui, il s’était fixé une limite de réflexion : le mois de juin. En juin, il allait décider si sa vie valait la peine de continuer, ou non. Et il me disait ça à moi « parce qu’[il] ne voyait pas à qui d’autre il pouvait en parler », parce que ceux qu’ils désignait comme étant ses amis ne « comprenaient rien » et parce qu’il pensait que moi, je pouvais comprendre ça… à ce moment là, comme d’habitude, je ressentais ce curieux mélange de fierté, de suspicion et de profonde détresse, je m’interrogeais « pourquoi moi ??!!! », il y a des gens à qui on ne peut s’empêcher de demander de crever des pneus, les autres, on leur parle de ses idées suicidaires, je fais partie de cette seconde catégorie. Je crois que je n’aurais pas assez de tous les doigts de mes deux mains pour comptabiliser le nombre de ceux qui m’ont confié avoir des envies de suicide et qui ne savaient pas à qui en parler, à part à moi, bien sûr, moi, qu’ils connaissaient à peine pourtant… (oui, je ne compte ni les « proches » de longue date, ni les simplement dépressifs dans ces tristes statistiques, ce qui rend ma situation encore plus problématique).

Tout cela est d’autant plus perturbant que j’ai moi même souvent du mal à trouver un sens à ma vie… tout ce que j’ai pu lui répondre, c’est qu’effectivement, la vie est souvent merdique (douée la psy hein :o) MAIS que contrairement à la mort, elle étiat réversible (ça il le savait) donc, tant que c’est pas insoutenable, il faut continuer, ne serait-ce que par curiosité, on sait jamais, il y a des petits instants de bonheurs, des rencontres, des petites choses qui peuvent même la rendre intéressante parfois, la vie. Lui, c’était ça son problème, il était pas vraiment malheureux, il s’emmerdait et il était (est peut-être encore, j’espère :o) entouré par des personnes qui comprenaient rien et qui lui répondaient « je vois pas pourquoi tu te prends la tête » :o) les gens, souvent, ne comprennent pas « pourquoi on se prend la tête »… Tout ça pour dire que je n’ai pas été d’un grand secours, dans ces situations, j’aimerais vraiment réussir à ne pas dire ce que je pense mais c’est tellement grave que si je mens, j’ai l’impression que ça va encore aggraver la situation… et vraiment, vraiment, j’aurais eu du mal à lui faire croire que je voyais la vie en rose… pourtant quand j’y pense, c’est peut-être pour ça qu’il m’avait choisie, la plupart des gens pensent que je suis heureuse, jamais énervée, jamais contrariée… c’est peut-être ça après tout, la raison pour laquelle tous les suicidaires qui croisent mon chemin ont envie de me parler de ça A MOI… faut que j’essaye de faire une tête de dépressive, c’est vraiment trop de responsabilité de faire semblant d’être heureuse…

Tout ça pour dire que, malheureusement pour lui, qui n’avait peut-être pas de mauvaises intentions, j’ai le sentiment que ce genre de chantage affectif malsain, on me l’a trop fait… je n’avais nullement l’intention de jouer à ce jeu de dépendance envahissant et exténuant pour tout le monde avec lui aussi… alors, pour rester « neutre et bienveillante » mais ne pas tomber dans ce que je supposais être un piège, je lui ai simplement dit que s’il avait besoin de discuter, il pouvait m’appeler… suite à cet appel, j’ai eu de plus en plus de mal à continuer à lui envoyer des mails « marrants » qui bouchent les serveurs et de poursuivre nos conversations insignifiantes, je lui répondais, mais le cœur n’y était pas vraiment. On s’est revu aussi, une fois, c’était bizarre, j’étais pas très à l’aise… quand on vous a confié des trucs comme ça, ça devient difficile de tenir une conversation en apparence normale et anodine. Et même, le contexte de cette rencontre, tout. Tout me faisait penser qu’il ne fallait pas tomber dans un engrenage à la con, et que s’il devait être sauvé, ça ne devait pas être par moi, s’il avait vécu plus de 25 ans sans moi, je ne voyais pas bien pourquoi il ne pouvait pas continuer surtout que mon support n’a pas été d’une qualité irréprochable. Mon intuition me disait, prends tes distances, c’est mieux pour tout le monde… et puis il n’y avait rien eu à part ce fameux coup de fil, on était de parfaits étrangers l’un pour l’autre…

En juin, j’ai évidemment un peu repensé à lui… j’avais envie de l’appeler, je me disais, si ça se trouve, il attend un signe. Pendant notre unique conversation profonde, il déplorait le fait que ce soit « chacun pour sa gueule », peut être que j’étais en quelque sorte un coup de poker, peut-être qu’il m’avait choisie au hasard pour symboliser la société et que mon silence, il l’interpréterait comme la confirmation de l’indifférence de la société à son égard… au fond c’était la seule explication rationnelle que je trouvais à ces confessions inattendues… mais en même temps, l’appeler, ça pouvait aussi signifier plein de choses fausses auxquelles il ne fallait pas lui faire penser. Je ne savais pas vraiment quoi faire, alors comme toujours, je n’ai rien fait, j’ai laissé pourrir la situation.

A la fin du mois de juin, j’ai changé de fournisseur d’accès (et donc d’adresse email), quand j’ai envoyé un mail d’avertissement à toute ma liste de contact, j’ai eu une pensée particulière en cliquant sur son nom. Au moindre de mes mails collectifs, il envoyait toujours une petite réponse sympa, bien qu’inutile, un petit commentaire… comme mon mail collectif de changement d’adresse ne se limitait pas à l’information en elle-même (j’ai jamais réussi à me limiter à l’essentiel), j’espérais et je m’attendais à une petite réponse… ne serait-ce que pour me dire qu’il était toujours vivant…

Seulement depuis notre dernière rencontre qui remonte au mois d’avril et l’unique échange de mail qui a suivi, et puis aussi mon mail collectif de changement d’adresse, silence radio, je n’ai plus aucune nouvelle. C’est pas vraiment surprenant, enfin, s’il n’y avait pas eu LE coup de fil, ça n’aurait pas été surprenant, quoi de plus normal après plus d’un an de perdre contact avec des gens qu’on connaît pas vraiment et qu’on a pas vraiment cherché à connaître non plus, parce que le courrant passait pas plus que ça, parce qu’on était trop différents (malgré ce point commun). C’est normal, surtout quand l’un des deux n’y met vraiment pas du sien (je parle de moi), seulement ce coup de fil, j’ai du mal à l’occulter… sur le coup, j’ai pensé avoir fait ce que je devais faire pour nous protéger tous les deux. Je ne l’ai pas rejeté puisque je lui ai dis qu’il pouvait me rappeler, que je ne voyais aucune objection à l’écouter voire à le conseiller si c’était possible, j’aurais même trouvé ça malsain de le harceler en lui demandant sans arrêt de ses nouvelles alors que, c’est pas que je me fichais de ce qu’il allait devenir mais malgré tout, je ne me sentais pas vraiment, vraiment concernée… qu’est ce que j’avais fais pour mériter ça ? En plus il arrivait vraiment dans une période où il ne fallait pas venir me parler de suicide… bref, comme toujours, j’ai laissé pourrir la situation, et j’en arrive, deux mois après à me demander s’il est toujours vivant et s’il ne l’est plus, si je ne suis pas responsable…

Je crois de plus en plus à cette hypothèse : il est venu en auditeur libre au milieu de psy, alors que c’est pas du tout DU TOUT dans sa branche, il en a choisie une, neutre, à qui il n’avait jamais parlé pour lui expliquer ce qu’il m’a expliqué, il s’est créé un signe. C’est ce que j’aurais fais… comme je suis une handicapée de la prise de décision, et même si je ne crois pas vraiment au destin, qui d’ailleurs, ne m’offre pas souvent des « signes » tangibles :o) je m’en créé : j’ai une technique de pile ou face amélioré : les gens… si je provoque une réaction d’untel en faisant/ disant telle chose et qu’il réagit de telle manière ou qu’il ne réagit pas, ça voudra dire qu’il faut que je fasse telle chose… si je projetais de me suicider, et surtout pour les raisons qu’il évoquait : l’individualisme, je ne m’y prendrais pas autrement, j’irai choisir quelqu’un de neutre, et j’attendrai de voir sa réaction pour prendre une décision définitive… s’il a fait ça… de lui je n’ai qu’un prénom, une adresse email et un numéro de portable, des coordonnées ô combien périssables, si je dois le rappeler, il faut le faire maintenant… mais qu’est ce que je vais obtenir : s’il ne répond pas, j’aurais encore plus cet horrible doute, s’il répond, je lui dis quoi ? « excuse, c’était pour vérifier si t’avais pas décidé de te suicider avec l’aide déplorable que je t’ai apporté »… ou je fais l’innocente « c’était pour avoir de tes nouvelles »… non, c’est vraiment pas crédible… j’ai jamais rappelé des gens comme ça, des mois plus tard, pour avoir des nouvelles… chacun fait sa vie, personne ne veut avoir des nouvelles des mois plus tard des gens qu’il a à peine côtoyé… alors me voilà complètement bloquée, je ne connais personne, de ses amis, de sa famille, ou même des gens qui vivent pas loin de chez lui, personne… et du DEA, j’ai cru comprendre qu’il n’avait (étrangement) gardé contact qu’avec moi… alors voilà… encore une fois, je me retrouve dans une situation à la con où faute de savoir comment réagir, je laisse pourri la situation… c’est un refrain dans ma vie…

Je viens de recevoir 12 mails… tous de Sycophante !!! quand on a pas beaucoup d’amis, il faut miser sur leur hyperactivité… Sycophante, d’ailleurs, j’ai commencé une typologie de la connerie pour le blog de la DCA, j’espère la finir aujourd’hui, il faut faire avancer la recherche en stupidologie ! il faut aussi me meubler l’esprit pour que je pense pas à certains trucs :o)