Hier soir, après avoir regardé l’excellente deuxième fin (« director’s cut ») de « l’effet papillon », j’ai voulu visionner « Irreversible » que Sycophante ne veut pas regarder à cause de la « scène de viol » (qui paraît-il serait vraiment réaliste)… Finalement, j’ai vu une caméra bouger dans tous les sens, des écrans noirs, des phallus, il fut de nombreuses fois question de « Pédé » dans la première demi heure… Je ne parle même pas de mes problèmes de physionomie qui m’empêche souvent de reconnaître les personnages dans les différentes scènes en plein jour… alors dans l’obscurité et en ne voyant pas un seul visage entier, je vous laisse imaginer le désastre !

Je commençais à m’assoupir quand eu lieu la fameuse scène choc du viol…Après m’être dit que ce n’était pas si choquant que ça, voire pas du tout (on est loin d’Orange mécanique qui est sorti il y a plus de trente ans…) que ce n’était pas si réaliste que ça… Je vous confesse avoir pensé à Freud qui dans l’un de ses livres, rapportait cette histoire de femme violée qui après avoir obtenu dédommagement, une bourse d’or à la main, rentrait chez elle et se faisait à nouveau agressée par son ex violeur, qui cette fois voulait lui voler sa « bourse d’or » et qu’elle réussit cette fois à mettre KO. Ça laisse songeur… ça c’est vraiment choquant…

J’ai pensé à ça parce que je n’ai pas trouvé que la victime se débattait franchement… je poursuivais le visionnage avec un sentiment d’empathie plutôt mitigé pour la victime… et voilà que par la suite je la vois se trémousser suggestivement devant deux individus, parler de sexe avec ces deux individus, coucher avec l’un de ces deux individus. Je repensais à une scène précédente (oui parce que c’est saucissonné à la Pulp fiction (par exemple) aussi, faut tout remettre dans le bon ordre après), où on voyait, sans doute cet homme (problème de reconnaissance faciale), penché sur sans doute cette femme, le visage tuméfié dans une ambulance, en criant et en pleurant « c’est ma femme, c’est ma femme »… je me disais que tout cela était vraiment bidon, parce qu’ils étaient bidons, ça m’a énervé, j’ai éteint… je regarderai la fin, sûrement mais mes réactions/ identifications aux personnages des films me rendent perplexes…

Avec Sycophante, en regardant les « Freddy », on jubilait à l’idée de savoir que les adolescents écervelés et superficiels (pléonasme) qui offraient ostensiblement leur connerie à nos oreilles innocentes, allaient se faire transpercer de toute part par les griffes « du cauchemar » (ou de la libération, ça dépend de quel point de vue on se place). Ce renversement « identificatoire » s’il est probablement recherché à partir de « Freddy 4 » n’apparaît pas nécessairement « logique » dans les premiers. Le fait d’éprouver, ne serait-ce qu’un soulagement en voyant une blonde, quand bien même sexuellement libérée, se faire trucider sans ménagement n’est pas naturel.

Le fait que j’en arrive presque, dans « Irréversible » à la grande justification facile de tous les violeurs, « elle l’a bien cherché » n’est pas naturel… Je n’ai pas vraiment pensé ça, on ne mérite jamais qu’on nous contraigne de quelque manière que ce soit à accepter quelque chose que l’on ne souhaite pas… et qui plus est par la force, je ne discute pas ça. Même la plus nympho des nympho ne mérite pas de se faire violer, et ce même si elle a dansé sur les tables toute nue devant tout le monde juste avant. Ce personnage ne méritait pas de se faire violer… MAIS si je n’ai pas pu ressentir d’empathie, de dégoût, d’incompréhension, de tout ce que l’on est censé ressentir dans ce genre de circonstances, je pense qu’il y a plusieurs raisons : peut-être une overdose de sexe et de violence (!) dans tous les films que j’aime (quoi que le sexe apparaît légèrement dans tous les films tout court… je ne voudrais pas me la jouer « Dawson-intégriste » mais un film sans sexe, à de rares rares rares exceptions près, c’est comme la chasse au dahu… on en a juste entendu parler…un film qui parle de relations humaines sans y mêler une dose de sexe, je me demande si j’en ai déjà vu un… Quelle en est la conséquence ? Quel rapport ? Si on prend l’habitude de « sexualiser » toutes les relations, pourquoi s’offusquer du fait qu’une jeune blonde qui utilise moins d’1% de ses capacités cérébrales soit victime de rapports sexuels forcés… ? quand je vois des filles s’humilier et humilier leur genre en essayant d’utiliser le sexe comme une arme, quand je vois des hommes s’humilier et humilier leur genre en simulant d’entrer dans leur jeu, ça a tendance à m’agacer. Trop de sexe, tue le sexe. On nous montre du cul toute la journée et on est censé se trouver choqué du petit viol d’une blonde en mini-jupe, string, sans soutien gorge qui se promène dans un couloir vide et sombre, peu rassurant, en pleine nuit et ne vient pas en aide à une autre femme qui se fait agressé par le futur agresseur de la première, qui d’ailleurs, à charge de revanche, ne viendra pas l’aider non plus…? J’ai du mal à rentrer dans la peau du spectateur là…

Je sais que si vous ne comprenez pas exactement où je veux en venir, ce que je dis, c’est choquant, je vais tenter de mieux m’exprimer… Prenons le cas, encore plus tabou, encore plus abominable etc etc. des pédophiles. La perversion n’est pas née à notre époque, elle a toujours existé et biensûr que ça a toujours été aussi grave, mais aujourd’hui, cette perversion est jugée comme la plus abominable, comme la pire chose qui puisse arriver à un enfant, et aujourd’hui les victimes de pédophiles ont besoin d’un psy pour espérer aller mieux, aujourd’hui les victimes de pédophiles sont marquées à vie, aujourd’hui c’est pire parce qu’on leur a dit que ça l’était. Pourtant, il y a des cultures (je parle bien de CULTURES et non des normes d’une secte…) où les enfants sont « initiés » au sexe par les adultes et où, ô surprise, ces derniers ne sont pas traumatisés, ça me gêne d’user de ce genre d’argument mais c’est une réalité… Comme notre culture dit que c’est « mal », c’est « mal », je ne discute pas de cet état de fait mais plutôt du fait que si on avait pas appris aux victimes qu’elles étaient victimes, elles ne le seraient pas ou en tous cas pas aussi longtemps, si on avait pas appris à la majorité des gens à abhorrer les pédophiles et les violeurs, ils ne les abhorreraient pas … Si je manque d’empathie vis-à-vis du personnage de la femme violée du film, c’est un peu pour ça. Si elle en est traumatisée (je suppose qu’elle le sera dans le reste du film… si elle est toujours vivante…) c’est parce qu’on lui a apprit que le viol était une expérience traumatisante et pas parce qu’elle l’aura ressenti par elle même et ce sera aperçue que pour x ou y raison, oui, le viol est une expérience traumatisante. Finalement, c’est confus mais c’est un mélange de tout ça… et puis aussi ma misanthropie qui s’éveille à chaque nouvelle émission de téléréalité, ça n’arrange rien. A croire que le but ultime de la télévision est de distendre les liens déjà fragiles qui nous unissent ou semblent nous unir les uns aux autres… Parce que nous montrer la connerie profonde dans toute sa splendeur ne nous aidera pas à avoir foi en notre espèce, parce que nous montrer des gens qui ne pensent pas et dont les sentiments sont faux, tronqués, des gens qui jouent et qui rejouent inlassablement les mêmes scènes apprises par cœur, les conflits conjugaux, les parents violents, le conjoint alcoolique, la précarité économique, les pathologies et handicaps en tout genre des proches et j’en passe. Comme s’il n’y avait qu’une ou deux manières de réagir à chaque situation, comme si toute improvisation était impossible, comme si inventer de nouvelles manières de faire face aux évènements, aussi douloureux soient-ils, n’était pas possible. Je dis ça, mais ce qui me gêne surtout c’est le fait que lorsqu’on les entends parler, les gens ne savent pas justifier de leurs conduites, ne se remettent jamais en question et pire que tout, ne sont pas au courant de tout ça. Trop de misère, trop de violence, trop de connerie, trop de télé, trop d’être humains, tuent l’empathie.

Désolée pour ce brouhaha verbal, hier soir, j’étais fatiguée, mais j’avais envie d’écrire.

Je crois que la véritable cause de ce texte est une crise de misanthropie aiguë, ça va me passer, ça me passe toujours (parce que je suis naïve).