Attention : Puisqu’il a trouvé mon blog secret, ce post est dédié à Sycophante (une fois qu’il sera revenu d’on ne sait où, on ne sait quand) qui m’avait demandé de dire ce que je pensais de « fight club » une fois que je l’aurai vu. Les autres lecteurs éventuels de ce post doivent être informés, avant de poursuivre que je dévoile certaines informations qu’il ne faut pas connaître si on a pas vu le film.


Donc déjà, ce film est effectivement génial ! En fait, il y a plein de pistes de réflexions intéressantes mais voilà, en vrac, celles qui m’ont inspiré (hier) :


1) La boîte de Pandore II, le retour

Dès le premier quart d’heure, j’ai repensé à un post d’il y a quelques jours dans lequel je m’interrogeais sur l’espoir… dans ce film « perdre tout espoir, c’est ça la liberté »… la question ne se pose pas comme je l’avais posé en terme de « faire avancer ou faire stagner » mais en terme de liberté ce qui, effectivement me paraît essentiel. L’autodestruction, parce qu’elle ne laisse plus rien attendre (espérer) permet de faire ce que l’on veut sans se soucier des conventions, du « qu’en dira t-on ? », de se « libérer des chaînes qu’on s’est nous-mêmes passé autour du cou » (je cite Sycophante, rien ne va plus :o). Dans tous les cas, je suis assez d’accord, tant qu’on a pas « touché le fond », tant qu’on peut encore attendre quelque chose de la société, on est pas vraiment libres de dire/ faire ce que l’on veut… mais est-on réellement plus libres quand on en est exclus ? Peut-on vivre sans la société alors que nous sommes la société ? (nous sommes des « êtres de culture » comme dirait l’autre :o) Et puis le côté, on la rejette, on la remet en cause mais on y participe, c’est plus ou moins ce qu’on fait tous et c’est pas vraiment la liberté… Le fait d’avoir les « couilles » de se rebeller de temps en temps contre l’autorité ne fait pas forcément de nous des individualités autonomes et indépendantes du système…

2) « La soumission à l’autorité » (NB (publicité) : titre de l’excellent ouvrage de psychologie sociale de Stanley Milgram)

En parlant d’autorité et de soumission (ou d’insoumission), ce qui me fait toujours flipper, c’est quand je vois certains de mes semblables laisser entièrement quelqu’un penser pour eux, ce besoin irrépressible de recourir à un guide spirituel (et qui plus est un seul) pour décider de ce qui est juste, de ce qui doit être fait ou non. Ça me rappelle trop un petit moustachu qui a décimé l’Europe il y a pas si longtemps que ça… aucune cause, fut-elle ultra égalitaire (parce que pour, moi ce qui est égalitaire se rapproche de mon idée de la justice), ne vaut que l’on renonce à son libre arbitre.

3) Losing my religion

Un truc avec lequel je ne suis pas d’accord, mais bon, en même temps le cinéma est un art, et l’esthétique a son importance, c’est la place accordée à la douleur physique dans le bon développement d’une personne. Je suis pas certaine que cette douleur soit indispensable pour expier ses fautes, trouver sa vérité (ou LA vérité, pour les plus optimistes), ou je ne sais quoi. Je dis peut-être ça parce que ça m’arrange (de le penser) mais le fait, par exemple, de m’étaler dans la pente de la pelouse et de me faire mal à l’épaule pas plus tard que samedi ne m’aide pas et ne m’a pas aidée à trouver un sens à ma vie (en fait je raconte ça, c'est juste pour me faire plaindre... ça marche pas?)… je pense que chacun doit trouver sa voie pour évoluer, pas besoin de se voir crucifié pour devenir son propre messie (et je ne suis pas une adepte de Nietzsche (non plus))…

4) Le moi divisé

La fin m’a naturellement replongée dans mes angoisses de morcellement d’entant… Le moment où Tyler se tire une balle dans la tête, m’a rappelé le premier livre que j’ai lu sur la schizophrénie : « le moi divisé » de Laing… je me rappelle d’une anecdote rapportée dans ce livre d’un schizophrène paranoïde persuadé qu’on l’espionnait (un peu comme toi avec ta caméra de surveillance, Sycophante) notamment ce type qui imitait tout ses faits et gestes…dès qu’il passait devant un miroir… il a finit par se tirer une balle dans la tête pour se débarrasser de son espion. tragique. je me demandais comment c’était possible de décrocher de la réalité à ce point, et pourtant l’esprit est capable de bien des choses… suite à la lecture de ce bouquin, je me rappelle que je n’arrêtais pas de surveiller toutes les dragibus qui vivent en moi et interviennent l’une après l’autre, au gré des circonstances et de manière parfois contradictoire… je craignais qu’un jour l’une d’elles se mette à faire des trucs sans le consentement des autres (et surtout sans que les autres ne soient au courant !)… Pour avoir déjà discuté de certains symptômes avec plusieurs personnes, je sais que je ne suis pas la seule à parfois me demander : est-ce que c’est vraiment moi qui suis en train de dire ça ? de faire ça ? est-ce que c’est vraiment moi qui suis au milieu de ce troupeau ? Est-ce que c’est vraiment moi qui pense ça ? est-ce que j’ai rêvé ou est-ce vraiment arrivé ? Comme tout, la réalité, c’est un truc relatif (pour nous, pauvres mortels) mais quand même, des fois, ce serait tellement facile de se retrancher dans la sienne en ignorant celle des autres, c’est si facile de flirter avec les barrières de la folie, que c'en est inquiétant: on se demande ce qui nous prévient de basculer… D’ailleurs, en parlant de folie, avant, je pensais aussi que la vraie liberté, on ne l’obtenait que comme ça… quand on est fou, on a pas besoin de s’embarrasser de ce que vont penser les autres mais finalement, dans cette vie là, le seul espace de liberté (relative) que j’ai trouvé, c’est dans ma tête et si on le barricadait avec des psychotropes, là, oui, je serais vraiment asservie… je me dis ça, moi, pour me rassurer :o)

5) La société occidentale peut-elle encore être sauvée ? (comment ? et de quoi ?)

Seconde critique « négative » qui n’en est pas une non plus puisque de toute façon, tout est ambivalent dans ce film donc finalement, il y a une vraie cohérence, mais c’est ce paradoxe indissociable des groupes qui s’élèvent contre le système.

Les punks, avec toute la sympathie que j’ai pour leurs idées « anarchiques », ben... honnêtement, j’ai jamais vu plus conformiste qu’un punk… tous s’habillent pareil, pensent pareil, écoutent la même musique, partagent les mêmes valeurs, les mêmes normes… se comportent comme ce qu’ils rejettent… finalement, on échappe jamais complètement à notre instinct "social", même nous, Sycophante ! quand bien même on fait partie d’une organisation secrète du nom de la DCA prônant ce que la société désapprouve, le déchéisme, on reproduit une mini-société basée sur une structure et des référents déjà connus, balisés pour nous au préalable, comme celle de Tyler Durden, on se base sur ce qu’on nous a appris et c’est pas parce que les règles sont différentes qu’elles sont nécessairement meilleures, d’ailleurs meilleures pour quoi ? pour qui ? en référence à quoi ?

Bon, là déjà, on répond un peu non à la société occidentale peut-elle être sauvée… non, il y a des choses tellement ancrées qu’on peut pas s’en libérer… ensuite de quoi… « les possessions matérielles finissent pas nous posséder »… certes, peut-être mais je suis pas certaine que pour se libérer de ça « remettre les compteurs à zéro » soit la méthode idéale… et puis sur le plus ou moins long terme, je suis sûre que ça changerait pas grand chose. Ce qu’il faudrait, c’est qu’on soit tous assez intelligents pour s’en libérer, mais de toute évidence, on est pas prêts pour ça ! pour l’instant, on est tout juste capable de l’imaginer (« imagine no possession, I wonder if you can… ») mais le passage de la théorie à la pratique, s’il s’opère un jour nécessitera une prise de conscience bien plus profonde que ça… et ne sera pas dictée par un seul homme (ou une gentille organisation terroriste salvatrice)…

6) Le yin et le yang


Comme je l’évoquais plus haut, ce que j’aime (aussi), dans ce film ce sont tout ses paradoxes. On peut tous devenir son meilleur ami comme son pire ennemi (on a tous quelque chose de Tyler Durden en nous), le pire des misanthropes (comme toi, comme moi, comme Tyler) est aussi profondément philanthrope. J’ai adoré ce passage où Tyler pose son flingue sur la tête de Raymond en le menaçant de l’exécuter s’il n’a rien fait pour réaliser son projet oublié de devenir vétérinaire dans 6 semaines. Cette scène est un cri d’amour ! Un cri d’amour adressé à l’Humanité…

Et que dire des objectifs du "projet chao" : remettre les compteurs à zéro, laisser à chacun une deuxième chance… (mais deuxième chance de quoi ?: le hic)

C’est ça qui est beau : tous ces damnés que Tyler méprise profondément, il cherche à les sauver. Globalement, « fight club », c’est « un monde meilleur » (avec kevin Spacey et le petit garçon du sixième sens de Shyamalan dont le nom m’échappe) pour les adultes… après ça, on est pleins d’espoir (aïe), on a des envies, nous aussi, d’apporter notre petite pierre à l’édifice, de changer le monde… ce monde que l’on déteste et dont on ne peut pas se passer…

En résumé, si ce film est si génial, c’est parce que je suis persuadée que si je le regarde à nouveau dans un mois, je pourrais t’en dire autant sur tout à fait autre chose !
Au fait, si ce post n’est pas à la hauteur de tes espérances, dis-toi que l’espoir est, de toute façon, une mauvaise chose :o)